Anita Conti

 

Écrivaine, relieuse d’art, photographe et pionnière de l’océanographie, Anita Conti a su s’imposer dans le milieu très masculin de la pêche. Ecologiste avant l’heure, elle alerte dès les années 1930, des risques de la surexploitation des océans.

 

Née en 1899, Anita Conti grandit entre Paris, les côtes bretonnes et les côtes vendéennes où elle développe un lien puissant avec l’océan.

 

« Tout enfant, je ne suis rien, rien que l’espace et le grand vent »

 

Entre les deux guerres, Anita Conti est remarquée comme relieuse d’art par Pierre Mac Orlan. Elle sert avec talent ses deux passions, la mer et les livres. Elle commence à publier des articles sur l’océanographie naissante pour la presse grand public.

 

Dés les années 1930, attachée à l’Office des pêches (ancêtre d’Ifremer) elle participe à diverses campagnes sur les harenguiers en Mer du Nord et sur les chalutiers-morutiers en mer de Barents et au Spitzberg durant des campagnes qui dépassent cent jours. Elle dénonce la surexploitation des océans dont elle anticipe les phénomènes et propose de rationaliser les mauvaises habitudes qui détruisent les ressources en alertant de leurs fragilités. Boitier Rolleiflex et carnet de notes à la main, Anita témoigne aussi de la vie des marins. Elle consigne tout. La photographie est son moyen de traduire la force, la poésie, la liberté du monde maritime.

 

Elle contribue aussi au lancement du premier navire océanographique français, à bord duquel elle viendra inaugurer l’Aquarium de Biarritz, en 1934.

 

Durant la guerre, elle obtient l’autorisation d’embarquer en tant que photographe de la Marine sur des dragueurs de mines en Manche et en mer du Nord, en participant aux manœuvres de déminage. Durant les années de la France occupée, Anita Conti dresse les premières cartes de pêche sur les côtes Mauritanienne, Sénégalaise et Guinéenne, mais s’inquiétant des effets de la pêche industrielle sur les ressources halieutiques, elle contribua aux problèmes de malnutrition des populations par l’implantation de pêcheries et de sécheries artisanales.

 

De retour dans la France d’après guerre, et malgré sa réputation, aucun organisme ne veut l'embaucher, ni même bénéficier de l’expérience d’une femme non diplômée, déjà âgée. Ses convictions écologistes font peur. Sur son initiative, elle embarque pour plusieurs mois sur le chalutier Bois Rosé en campagne sur les bancs de Terre-Neuve, au large du Canada, en 1952. Suivant ses travaux sur le requin pèlerin et témoignant du labeur des marins, Anita poursuivra ses embarquements jusqu’aux années 1980.

 

Elle publie trois livres remarquables, décrivant la vie des pêcheurs africains, l’épopée des Terre-Neuvas, où son talent d’écrivain et son caractère visionnaire nous entrainent sous la surface des eaux et nous permettent d’y voir évoluer « les bêtes de la mer » à une époque où la plongée n’existait pas encore. Dans les années 1980, Anita n’a pas de sécurité sociale, ni de retraite, ses travaux sont oubliés…

 

Anita Conti meurt à Douarnenez durant la nuit de Noël 1997, à l’âge de 98 ans. Sa collection de 60 000 photographies et ses milliers de notes témoignent de 70 ans d’histoire maritime à une époque où les femmes n’étaient pas admises dans ce milieu. Les archives d’Anita Conti ont été sauvées. Photographies, manuscrits, notes, documents, objets qu’elle ne cessa jamais de collecter, ainsi que son mobilier, sont désormais conservés à la Ville de Lorient, et peuvent ainsi servir aux jeunes générations pour qui l’exemple d’Anita Conti peut être une véritable référence.

 

Bibliographie :

Racleurs d’Océans, (récit), Editions Payot

Géants des Mers Chaudes, (récit), Editions Payot

L’Océan les Bêtes et l’Homme, (récit), Editions Payot

Carnet Viking, (récit), Editions Payot

Anita Conti photographe (beau livre), Editions Revue Noire

Anita Conti et la Bretagne, (récit), Editions Filigranes

Les Vaisseaux du Hasard, (poésie), Editions Diassane

 

 

 

 

Lieu d'exposition :